Déchets nucléaires : Que fait-on à Tournemire ?
Écrit par Philippe Donnaes | Jeudi 02 Octobre 2008 09:56
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Déchets nucléaires : Que fait-on à Tournemire ?
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La journée d'information organisée par l'IRSN se voulait rassurante et didactique. Le site, qui sert de laboratoire en vraie grandeur, développe les modèles qui permettront de juger de la pertinence du futur projet de stockage souterrain de Bure, dans la Meuse.

Une semaine après les Journées du patrimoine, l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (1) avait mis les petits casques dans les grands pour accueillir les curieux qui souhaitaient, ce dimanche 28 septembre, se faire leur propre idée sur l'épineuse problématique des déchets nucléaires.

Une fois rejoint le site du tunnel de Tournemire, après avoir emprunté un des cars qui assuraient les navettes régulières depuis la place de la gare, un petit film d'explication était projeté. « Le tunnel de Tournemire n'accueillera jamais le moindre déchet radioactif » martelait d'entrée Didier Champion, Directeur de la Direction de l'Environnement et de l'Intervention de l'IRSN.

Son rôle ? Examiner la validité des méthodes de reconnaissance et de caractérisation des roches, et servir de station expérimentale en vraie grandeur afin de mieux appréhender les interactions sur de longues durées entre les différents matériaux constitutifs d'une installation de stockage. Dans quel but ? Afin de développer les capacités d'expertise qui permettront à l'IRSN de juger la pertinence et la sûreté du projet de stockage géologique des déchets de longue durée  actuellement mené par l'ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), sur le site de Bure (2), à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne.

Et pourquoi Tournemire ? La roche est une marne silteuse compactée (la couche de 250 m est surmontée par un banc calcaire de 250 m), encore appelée argilite, qui s'est formée en domaine marin il y a environ 180 millions d'années et qui présente des analogies fortes avec les formations étudiées à Bure. Le tunnel de la Boutinenque offre donc un terrain de recherche idéal pour essayer de mieux comprendre les mécanismes ainsi que la vitesse de migration de l'eau et des substances dissoutes dans la formation argileuse depuis son origine.

L'ouvrage ayant par ailleurs été construit à la fin du 19e siècle, les chercheurs ont un recul d'environ 120 ans pour mieux comprendre les risques d'endommagement induits par le creusement d'une galerie et le dessèchement de la roche suite à la ventilation naturelle, mais aussi les altérations provoquées par la présence de béton et autres matériaux de construction. Les visiteurs étaient ensuite conviés à déambuler dans le tunnel et ses galeries perpendiculaires, forées pour les besoins du programme de recherches, en s'arrêtant dans chacun des divers laboratoires où leur étaient expliquées les expériences en cours.

Après avoir regagné la lumière et digéré la collation offerte par l'IRSN, il était temps de s'asseoir quelques instants pour, peut-être, se poser les bonnes questions. Si l'intérêt du programme scientifique mené par l'IRSN est indéniable quel sera le poids de cet organisme financé à 85% par l'Etat et dépendant, pour l'essentiel, du ministère de l'Environnement quand on connaît les orientations énergétiques du gouvernement de M. Nicolas Sarkozy ? Une manière d'apporter une pseudo caution scientifique indépendante ? Et surtout quelle est la crédibilité des modèles extrapolés quand l'échelle du temps est celle du million d'années alors que lesdits modèles font totalement abstraction des aléas sismiques et des conséquences climatologiques que génèrent, sur l'environnement, nos civilisations consuméristes ?

(1) L'IRSN a été créé en 2002 l'ex IPSN (Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire), inféodé au CEA (Commissariat à l'Energie Atomique) ayant été scindé en deux entités autonomes et « indépendantes ». Une technique, l'IRSN et une décisionnelle, l'ASN, le soi-disant « gendarme du nucléaire » dont la réactivité a récemment été mise à caution lors des événements du Tricastin.

(2) Ce laboratoire de recherche scientifique a nécessité le creusement de 2 puits de 500 m de profondeur reliés par de multiples galeries. Les coûts de construction s'élèvent à 95,5 millions d'euros alors que les frais de fonctionnement et d'expérimentation sont estimés à 16 millions d'euros (source ANDRA) par an (à comparer au budget annuel de 2 millions d'euros de l'IRSN…). La demande d'autorisation pour la construction du site de stockage interviendra fin 2014 pour, si les résultats et les conclusions de faisabilité étaient validés, un stockage potentiel à l'horizon 2025. 


 

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